Les Incoterms sont au cœur de toute opération d’import-export. Pourtant, ils restent mal compris et souvent mal utilisés, ce qui peut entraîner des surcoûts, des retards ou des litiges commerciaux.
Dans cet article, nous vous expliquons les Incoterms 2020 simplement, avec un tableau clair, des définitions accessibles et surtout des exemples concrets issus de situations réelles en commerce international.
Que sont les Incoterms et à quoi servent-ils ?

Définition simple des Incoterms
Les Incoterms (International Commercial Terms) sont des règles internationales définies par la Chambre de Commerce Internationale (CCI).
Ils servent à préciser, dans un contrat de vente internationale, qui paie quoi, qui supporte les risques et jusqu’où vont les responsabilités du vendeur et de l’acheteur.
Les Incoterms ne déterminent ni le prix, ni le transfert de propriété, mais uniquement les obligations logistiques et douanières.
Pourquoi les Incoterms sont essentiels en import-export
Un Incoterm bien choisi permet de :
- éviter les litiges entre vendeur et acheteur
- clarifier les responsabilités de transport et d’assurance
- anticiper les frais de douane et les risques logistiques
À l’inverse, un Incoterm mal utilisé peut coûter très cher, surtout aux entreprises débutantes.
Incoterms 2020 : ce qu’il faut absolument savoir
Qui publie les Incoterms et à quelle fréquence ?
Les Incoterms sont publiés par la CCI et mis à jour environ tous les 10 ans :
- Incoterms 2010
- Incoterms 2020 (actuels)
Les Incoterms 2020 sont toujours en vigueur aujourd’hui.
Incoterms 2020 vs Incoterms 2010 : ce qui a changé
Les principales évolutions :
- Remplacement de DAT par DPU
- Niveaux d’assurance renforcés pour CIF et CIP
- Meilleure prise en compte des exigences de sûreté et sécurité
Incoterms 2024 : mythe ou réalité ?
Il n’existe pas d’Incoterms 2024 officiels.
Beaucoup utilisent ce terme par erreur. En pratique, il faut toujours préciser dans les contrats :
“Incoterms® 2020 – ICC”
C’est indispensable pour éviter toute ambiguïté juridique.
Tableau récapitulatif des 11 Incoterms 2020
Comment lire le tableau des Incoterms
Un tableau Incoterms permet de visualiser rapidement :
- le transfert des risques
- la répartition des coûts
- le mode de transport autorisé
| Incoterm | Mode de transport | Transport principal | Douane export | Douane import | Assurance |
| EXW | Tous | Acheteur | Acheteur | Acheteur | Acheteur |
| FCA | Tous | Acheteur | Vendeur | Acheteur | Acheteur |
| CPT | Tous | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Acheteur |
| CIP | Tous | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Vendeur |
| DAP | Tous | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Vendeur |
| DPU | Tous | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Vendeur |
| DDP | Tous | Vendeur | Vendeur | Vendeur | Vendeur |
| FAS | Maritime | Acheteur | Vendeur | Acheteur | Acheteur |
| FOB | Maritime | Acheteur | Vendeur | Acheteur | Acheteur |
| CFR | Maritime | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Acheteur |
| CIF | Maritime | Vendeur | Vendeur | Acheteur | Vendeur |
Les Incoterms pour tous les modes de transport
Incoterms multimodaux (tous transports)
Utilisables en routier, aérien, ferroviaire ou maritime :
EXW, FCA, CPT, CIP, DAP, DPU, DDP
👉 Recommandés pour l’e-commerce et le transport aérien.
Incoterms maritimes uniquement
Réservés au transport maritime et fluvial :
FAS, FOB, CFR, CIF
⚠️ Erreur fréquente : utiliser FOB pour du transport aérien.
Explication simple de chaque Incoterm (avec exemples concrets)
EXW (Ex Works) : le plus risqué pour l’acheteur
Le vendeur met la marchandise à disposition dans ses locaux.
À utiliser si l’acheteur maîtrise toute la chaîne logistique.
À éviter pour les débutants.
Exemple : un importateur français doit gérer le transport et la douane en Chine → risque élevé.
FCA (Free Carrier) : l’alternative moderne à FOB
Le vendeur livre la marchandise à un transporteur désigné.
Exemple : livraison à un terminal export à Shanghai, dédouanée export.
Très recommandé par la CCI.
FOB (Free On Board) : le plus connu (et souvent mal utilisé)
Le vendeur livre la marchandise à bord du navire.
Exemple : import maritime depuis la Chine, risque transféré au chargement.
Utilisé uniquement pour le transport maritime.
CFR & CIF : transport maritime maîtrisé
- CFR : transport payé par le vendeur
- CIF : transport + assurance minimale incluse
Exemple : achat de matières premières livrées au port du Havre.
CPT & CIP : équivalents multimodaux
- CPT : transport payé, pas d’assurance
- CIP : transport + assurance renforcée
Exemple : transport aérien avec assurance incluse (CIP).
DAP, DPU et DDP : livraison chez l’acheteur
- DAP : livré sans droits de douane
- DPU : livré et déchargé
- DDP : tout est payé par le vendeur
DDP peut être très risqué si le vendeur ne maîtrise pas la douane locale.

Choisir le bon Incoterm
Un Incoterm mal choisi peut entraîner des frais imprévus, des retards de livraison ou des blocages en douane.
Anticipez les risques avant qu’ils ne coûtent cher

Quel Incoterm choisir selon votre situation ?
Pour un importateur débutant
FCA, CIF, CIP
Éviter EXW et DDP
Pour un exportateur
- FCA pour limiter les risques
- DAP pour offrir un service client amélioré
Pour l’e-commerce et les PME
- DAP pour éviter les surprises douanières
- Attention à la TVA et aux droits à l’import
Les erreurs les plus fréquentes avec les Incoterms (avec exemples concrets)
Mal utilisés, les Incoterms peuvent entraîner des coûts cachés, des blocages en douane ou des litiges entre acheteur et vendeur. Voici les erreurs les plus courantes, illustrées par des cas réels simples.
Utiliser EXW sans maîtriser le dédouanement export
Pourquoi c’est une erreur fréquente
EXW (Ex Works) semble attractif car le prix est bas. En réalité, l’acheteur supporte presque tout, y compris des obligations qu’il ne maîtrise pas toujours.
Exemple concret
- Acheteur : PME française qui achète des machines en Chine
- Vendeur : fabricant chinois
- Incoterm choisi : EXW usine
Problème :
L’acheteur est juridiquement responsable du dédouanement export en Chine, ce qui est souvent impossible sans entité locale. Résultat :
- blocage des marchandises
- frais supplémentaires
- délais importants
Solution recommandée :
FCA à la place de EXW
Le vendeur gère l’export, l’acheteur garde le contrôle du transport principal.
Choisir DDP sans connaître la fiscalité et la douane locale
Pourquoi c’est dangereux
DDP (Delivered Duty Paid) impose au vendeur de payer tous les droits de douane et taxes à l’import, y compris la TVA.
Exemple concret
- Vendeur : entreprise européenne
- Acheteur : client professionnel aux États-Unis
- Incoterm choisi : DDP USA
Problème :
Le vendeur :
- n’a pas de numéro fiscal local
- ne peut pas récupérer la TVA
- doit avancer des droits qu’il ne comprend pas
Résultat :
Perte de marge
Risque fiscal
Litige avec le client
Solution recommandée :
DAP (livré sans droits de douane)
L’acheteur paie les taxes qu’il connaît.
Utiliser FOB pour du transport aérien ou routier
Pourquoi c’est une erreur classique
FOB est réservé au transport maritime. Pourtant, il est encore utilisé à tort pour l’aérien ou le routier.
Exemple concret
- Acheteur : importateur français
- Vendeur : fournisseur turc
- Transport : avion
- Incoterm indiqué : FOB Istanbul
Problème :
FOB n’a aucune valeur juridique en aérien. En cas de litige ou de sinistre :
- flou sur le transfert des risques
- responsabilité difficile à établir
Solution recommandée :
FCA aéroport d’Istanbul
Clair, reconnu et juridiquement correct.
Oublier de préciser l’année des Incoterms dans le contrat
Pourquoi c’est risqué
Un même Incoterm peut avoir des règles différentes selon l’édition (2010 ou 2020).
Exemple concret
- Contrat mentionnant simplement : “CIF Marseille”
- Aucun millésime précisé
Problème :
- Désaccord sur le niveau d’assurance
- Interprétation différente entre acheteur et vendeur
- Difficulté en cas de litige juridique
Bonne pratique :
Toujours écrire :
“CIF Marseille – Incoterms® 2020”
Penser que les Incoterms incluent toujours les droits de douane
Idée reçue très répandue
Beaucoup d’acheteurs pensent que les frais de douane sont inclus par défaut.
Exemple concret
- Acheteur e-commerce en France
- Vendeur hors UE
- Incoterm : DAP France
Surprise :
À l’arrivée, l’acheteur doit payer :
- droits de douane
- TVA à l’import
- frais de dédouanement
Mauvaise expérience client
Coûts non anticipés
Règle simple à retenir :
Seul DDP inclut les droits et taxes à l’import
Choisir un Incoterm sans l’adapter à son niveau d’expérience
Erreur stratégique
Certains Incoterms donnent une impression de contrôle mais demandent une forte expertise logistique.
Exemple concret
- Acheteur débutant
- Incoterm choisi : CFR ou EXW
Résultat :
- mauvaise gestion des assurances
- frais imprévus
- dépendance excessive aux transitaires
Conseil :
Plus on débute, plus il faut choisir un Incoterm équilibré et encadrant (FCA, CIF, CIP).
En résumé : comment éviter les erreurs avec les Incoterms
- Toujours adapter l’Incoterm au mode de transport
- Prendre en compte son niveau d’expérience
- Ne jamais oublier l’année (Incoterms® 2020)
- Se méfier des Incoterms “trop beaux pour être vrais” (EXW, DDP)
FAQ : les questions fréquentes sur les Incoterms
Il dépend du niveau de maîtrise logistique de chaque partie.
En général, FCA est le plus équilibré.
Uniquement DDP inclut les droits de douane à l’import.
Oui, mais cela doit être clairement écrit.
Conclusion : bien utiliser les Incoterms pour sécuriser vos échanges
Les Incoterms 2020 sont indispensables pour sécuriser vos opérations d’import-export.
En les comprenant et en les utilisant correctement, vous réduisez les risques, les coûts imprévus et les litiges.N’oubliez jamais de préciser Incoterms® 2020 dans vos contrats et de les adapter à votre situation réelle.